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Madame la présidente,

Se posent assurément un certain nombre de questions, à la lecture de ce budget primitif 2021: comment assurer la pérennité de notre institution.

Je tiens à dénoncer l’hypocrisie ambiante qui consisterait à nous faire croire que toutes les difficultés que nous connaissons sont dues exclusivement à la crise sanitaire. Je ne nie pas que la pandémie à creuser inéluctablement les déficits, mais il n’en demeure pas moins que la crise dans le secteur des transports publics ne datent pas d’aujourd’hui. La trajectoire budgétaire était déjà très tendue avant la COVID. J’ai pu déjà vous interpeler, Madame Pécresse, sur les coûts d’exploitation du Grand Paris Express qui vont être intenables sur le long terme. Vous auriez dû faire pression et revoir la copie de ce projet qui laisse sur le bord de la route les usagers de la grande couronne qui doivent subir des conditions de transport de plus en plus dégradées et une ponctualité des réseaux RER, transiliens et bus qui reste toujours très largement insuffisante.

Vous auriez dû hiérarchiser ces opérations sur la base d’évaluations rigoureuses. À noter au passage que les délais de certains chantiers du Grand Paris Express ont dérivés, parfois dangereusement avec des conséquences financières non négligeables. Vous n’avez pas écouté ceux qui ont pourtant tiré la sonnette d’alarme comme les élus du RN depuis le début de votre mandature. Il y a eu de votre part une absence totale d’évaluation sur le long terme de ce projet budgétivore.

Vous avez emprunté massivement d’abord auprès des banques puis sur le marché obligataire, même si les taux d’emprunt sont bas, nous devons être particulièrement vigilants surtout lorsque nous constatons que l’encours de la dette a considérablement explosé .. Nous avons l’impression que nous sommes tout simplement plongés dans un processus de cavalerie irréfléchie, et que nous naviguons à l’aveugle. Et le résultat est catastrophique : le service de la dette pourrait passer de 120 millions d’euros en 2018 à… à plus d’un milliard en 2030 …!

Comme le stipule d’ailleurs le Cour des comptes, nous risquons de nous retrouver d’ici 2024 dans une situation irréversible avec des dépenses réelles de fonctionnement très largement supérieures aux recettes réelles. La capacité d’autofinancement deviendrait à ce titre d’ici 2024 négative. On ne peut pas demander aux entreprises, ni aux collectivités locales en grande souffrance, ni même aux usagers d’éponger cette impasse financière.

Ma question est la suivante : quels sont les arbitrages que vous comptez impulser pour trouver les financements adéquats afin de poursuivre les investissements et l’exploitation du réseau sans pour autant que les voyageurs, les entreprises et les collectivités soient encore une fois de plus une variable d’ajustement..?

Quel est donc votre stratégie à long terme pour éviter qu’Ile-de-France Mobilités ne se retrouve en faillite ?

Audrey Guibert,

Conseillère régionale d’Ile-de-France,

Membre du Conseil d’administration d’Ile-de-France Mobilités